Les Bâtes

Interview de Valentino Gambuto, tête de liste du Parti Socialiste pour les municipales de Dreux

Cette interview peut être consultée sur le blog " Les Bâtes autrement" de l'Association Commerciale et Artisanale des Bâtes (l'ACAB) sur le lien ci-dessous.
“Le quartier des Bâtes, c'est aussi un quartier dont la population souffre de la politique de la municipalité actuelle (ou plus précisément du manque de politique) (…) Il est surtout urgent de reconstruire ce quartier en concertation avec les habitants, les commerçants et tous les acteurs associatifs et locaux. ”
Nous avons voulu interroger différentes personnalités politiques de tout bord afin d'avoir leur sentiment sur le quartier des Bâtes et participer ainsi au débat citoyen qui s'engage autour des prochaines élections municipales de Dreux en mars 2008. Après Stéphane Pavot, tête de liste du Mouvement Démocrate (Modem), c'est Valentino Gambuto qui a accepté de répondre à nos questions. Nous mettrons en ligne prochainement l'interview des autres personnalités locales.


1. Le jeudi 8 novembre, le conseil municipal de Dreux a entériné plusieurs projets qui seront mis en œuvre au sein du quartier des Bâtes. Ces projets portaient sur la réhabilitation de 255 logements et la signature des marchés de travaux pour la résidentialisation d'îlots boulevard de l'Europe, rues Salvador Allende et de Koudougou. Lors des débats, vous avez émis des réserves au sujet du projet de séparation du Bio Climatique. Quelles en étaient les raisons ?

Valentino Gambuto : ” Mes réserves portaient sur le projet de la majorité municipale de fermer des rues telles que la rue Salvador Allende et la rue de Koudougou par des grilles interdisant l'accès aux «non-résidants».

Je suis convaincu que la résidentialisation est une des réponses à apporter aux habitants car elle leur permet de s'approprier les espaces mais je ne crois pas que les enfermer et barrer les rues soit une solution.

Il est vrai que des habitants se résignent à cette idée en pensant que c'est le prix à payer pour leur tranquillité mais, replier les quartiers sur eux-mêmes n'est pas une solution à moyen terme.

Le quartier souffre par ailleurs plus d'un manque d'entretien tant des bâtiments que des espaces extérieurs que d'un manque d'appropriation de ces espaces par les habitants

En ce qui concerne l'immeuble Bioclimatique il est maintenant évident que des travaux importants voire une modification de son architecture sont indispensables mais cela ne suffira pas si une véritable politique d'accompagnement des habitants n'est pas mise en place et développée dans la durée.

Ce bâtiment est devenu invivable et mérite malheureusement son surnom « l'Alcatraz » tant il ressemble de l'intérieur à une vieille prison non entretenue.

Je dois cependant préciser que j'ai tenu un commerce dans cet immeuble pendant près de 10 ans (d'abord une librairie puis la laverie libre-service : “Lav'Bâtes”) et que nous y avons connu quelques années très agréables partageant une convivialité exemplaire avec les habitants et les autres commerçants (ironie de l'histoire, je suis de ceux qui ont créé l'association des commerçants des Bâtes pour organiser des manifestations et une communication forte du quartier vers le reste de l'agglomération).

Après le départ de la gendarmerie qui avait des bureaux en rdc, un manque évident de volonté politique à y maintenir une présence, le total abandon des habitants et des commerçants à leur sort sans présence politique, sociale, policière ont permis à quelques délinquants de s'imposer et de transformer progressivement cet immeuble jusqu'à l'état actuel .

Victime de vandalisme à répétition, j'avais dû fermer comme les autres commerçants après avoir été totalement saccagé une énième fois !

Ce n'est donc évidemment pas l'architecture de ce bâtiment qui est la cause de cette situation mais un manque manifeste de volonté politique de gérer les problèmes dès leur origine. Les Bâtes et ses habitants sont abandonnés depuis trop longtemps !”

 

2. Quel est votre diagnostic sur la situation du quartier des Bâtes aujourd'hui ?

Valentino Gambuto : ” C'est un quartier dont la population souffre de la conjoncture socio-économique : taux de chômage supérieur à 35% (et bien supérieur chez les jeunes), beaucoup de foyers vivant en dessous de ce qui est considéré comme le seuil de pauvreté (moitié du revenu médian des Français)…C'est aussi un quartier dont la population souffre de la politique de la municipalité actuelle (ou plus précisément du manque de politique) : des immeubles qui se dégradent (voir les façades des immeubles dont des morceaux de béton se sont détachés) car ils n'ont pas été entretenus, une concentration de population « historique » sans lien avec la population « déplacée » par la politique de démolition des immeubles dans les autres quartiers, des appartements envahis par l'humidité, des halls et des escaliers insuffisamment entretenus, un sentiment d'insécurité que renforce le désœuvrement de beaucoup de jeunes, un taux d'échec scolaire trop important dû, en partie, à un manque de mixité sociale, un manque de propreté et d'entretien des espaces verts que l'on ne peut que regretter car c'est un quartier dont le “paysage” avait été pensé.

En revanche, c'est un quartier qui bénéficie avec le centre commercial (Leclerc et les magasins qui l'entourent) de commerces de proximité de qualité et qui correspondent aux besoins, qui bénéficie aussi de services de proximité (mairie de quartier, centre socio-culturel, écoles, crèche, halte-garderie, maison médicale…) et de l'activité d'associations dynamiques malgré le peu de moyens dont elles disposent .



Le centre commercial est aussi un lieu qui attire une population d'autres quartiers de Dreux et du reste de l'agglomération, ce qui permet un brassage social essentiel à la mixité de vie nécessaire à un quartier de cette importance : la présence de Leclerc dans ce quartier est le lien le plus important entre les Bâtes et le reste de l'agglomération.”

3. Considérez vous qu'il y a urgence ?

Valentino Gambuto : ” Il y a en effet Urgence à réhabiliter les immeubles, les logements, les espaces, Urgence à s'attacher à la situation de l'emploi et de la formation des habitants, en particulier des jeunes, Urgence à favoriser la mixité sociale, Urgence à lutter contre l'échec scolaire…

Il est surtout urgent de reconstruire ce quartier en concertation avec les habitants, les commerçants et tous les acteurs associatifs et locaux.”

4. Quels moyens devraient être mis en œuvre ? Et dans quels délais ?

Valentino Gambuto : ” Si possible avec l'ANRU et avec l'OPAC, et tous les autres acteurs et collectivités mais aussi en concertation avec les habitants qu'il faut absolument impliquer et responsabiliser en les associant véritablement aux programmes qui seront mis en oeuvre ainsi qu'aux décisions qui concerneront leur quartier, sa vie, son aménagement. Il faut réhabiliter et résidentialiser certains immeubles ou groupes d'immeubles, améliorer l'entretien (ménage, espaces verts) au quotidien. Il faut donner plus de moyens financiers et d'initiatives aux associations. La mise en place d'une police de proximité favorisera la tranquillité du quartier. La présence permanente de « médiateurs » et/ou de correspondants de nuit, et de plus de gardiens améliorera sans aucun doute la tranquillité des habitants.

Dans les écoles et le collège (qui font partie d'un réseau “Ambition-Réussite”) des moyens humains et matériels supplémentaires doivent être attribués.

Il faudra favoriser le développement du centre commercial qui répond aux besoins du quartier mais est aussi un lieu de mixité de vie.

Il faudra ouvrir culturellement le quartier sur le reste de l'agglomération par des événements d'importance et construire un nouveau quartier en place des friches industrielles situées aux abords de l'avenue des Fenôts, ce qui créera un lien entre les Bâtes et les autres quartiers tels que le Murger.”


5. Monsieur Gérard Hamel précise aujourd'hui que les Bâtes sont une priorité pour la majorité actuelle. La rénovation des autres quartiers et, plus particulièrement le plateau Est, a relégué le quartier des Bâtes loin derrière. Il avance que tout ne pouvait être fait en même temps, qu'il fallait faire des choix. Partagez vous cette analyse ? Et en un mot, auriez vous fait mieux ?

Valentino Gambuto : ” M. Hamel précise en effet à quelques semaines des élections que les Bâtes seront une priorité, c'était déjà son propos lors des dernières élections…

Des sommes extraordinaires ont été dépensées à Dreux en une dizaine d'années pour la rénovation de l'habitat. Un des premiers plans de rénovation urbaine fut lancé par le gouvernement de Lionel Jospin par M. Bartolonne. L'objectif était : construire et démolir ensuite l'ancien, après avoir relogé les habitants dans de meilleures conditions et dans la concertation.

La méthode de la majorité actuelle fut malheureusement toute autre, malgré tous les artifices et gadgets de communication : les Drouais et plus particulièrement les habitants des Bâtes le constatent malheureusement.

Il aurait été bien plus pertinent en effet de d'abord rénover le quartier des Bâtes, qui offrait de nombreux logements vacants, avant d'y loger des populations déplacées des quartiers démolis. Comment la majorité municipale pouvait-elle penser que des habitants que l'on contraint de quitter le quartier où ils avaient vécu, en raison de sa démolition, pourraient supporter de se retrouver dans des conditions aussi difficiles et parfois pires que ce qu'ils quittaient !

Une politique de rénovation de tous les quartiers était indispensable avant de passer aux phases de démolition.

Fallait-il détruire autant de logements (1200 logements auront été démolis en 6 ans) sans en reconstruire dans le même temps ? Moins de 5 % (quelques dizaines) de nouveaux logements construits.”




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